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 [DCDA]... et longue sera la route.

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Felondra
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MessageSujet: [DCDA]... et longue sera la route.   Jeu 2 Avr 2015 - 16:15

Partie 1: déjouer la marque du passé

10 novembre 1500

(Fond musical optionnel)

Val-Grondant... une ville qui porte les marques de son passé. Un passé glorieux, royal, qui se lit partout pour l'oeil attentif. Dans les pavés déchaussés de la vieille route, qui ne s'appelle plus Route Royale. Dans les ruelles colorées et désertes, qui ne résonnent plus du bruit des passants et de la vie des humains. Dans les enseignes des boutiques mêmes, qui ne connaissent plus le mot "Royal", effacé à la chaux par nos pères.

Val-Grondant, un château aux salles vides, où l'on peut encore entendre l'écho de bals somptueux et de réceptions grandioses, de chasses populeuses et de liesses ronflantes. L'écho seulement.

Ce soir, pourtant, Val-Grondant semble revêtir ses vieux habits. Certes, ils sont trop grands pour ce que cette maison est devenue. On voit les coutures, on sent la nouvelle teinture, le parfum de neuf qui ne peut enlever l'odeur de camphre qui l'imprègne. Mais c'est une belle soirée qui se prépare et pour preuve; le couronnement du nouveau Grand-Prêtre aura lieu dans l'une des deux plus grandes salles de réception du château. Et, par un astucieux système de tentures tendues ici, tombant là, les invités ne se sentent pas trop peu, pas trop petits. Les dix musiciens sont parmi les meilleurs de la famille Ile-en-Sable, les plateaux défilent entre les cuisines et la salle de réception, les torches flambent et tout semble imprégné d'une gaîté simple, bonne et noble.

Il y a là bien sûr le seigneur Endure, dans un costume d'apparat pourpre que relèvent une barbe taillée parfaitement et des cheveux blancs qui lui donnent en sagesse plus qu'en rides. Il regarde l'assemblée comme un père juste.
Il y a là sa femme, dame Moisson, à la peau mate, aux cheveux noirs comme l'onyx, aux pierreries splendides et aux habits plus admirables encore. Elle regarde l'assemblée comme une mère qui voit davantage pour ses enfants que ce qu'ils voient eux-mêmes en eux. Ou qui voudrait elle-même davantage pour elle, dur à dire. Sur ses genoux Espoir, quatre ans, que cette fête et ses enjeux n'atteignent nullement et qui rêve doucement.
Il y a là Granit, premier échanson, visage d'enfant malgré qu'il a passé vingt ans, cheveux châtain clair, habits princiers qui le grattent et l'ennuient. Il arbore son éternel air concentré - certains diraient fâché.
Il y a là Nimbe, sa femme et maître du protocole de Val-Grondant, cheveux blonds attachés savamment, yeux bleus rehaussés d'un maquillage exquis qui ne parvient pourtant pas à masquer une balafre qui prolonge horriblement son doux sourire sur toute sa joue gauche, robe vert émeraude à la dernière mode. Elle sourit doucement à son mari, une main posée sur la sienne, les yeux veillant à ce que cette fête se passe sans trouble. Satistfaite.

Sur la grande estrade, on voit Devoir, grand-prêtre de Val-Grondant,une vie qui s'achève gravée dans tous ses traits. Aujourd'hui, il passe le relai, aujourd'hui il dépose la charge qui l'a guidé toute sa vie: écouter, conseiller, aiguiller, éclairer, ... Sur son visage se lisent la fatigue, le contentement, l'anxiété. Mais au-dessus de tout cela, il y a l'amour et la confiance.
Amour presque fraternel pour Frimas, Grande-Prétresse de Val-Grondant, longue, simple, ouverte. Ca se voit qu'elle comprend du mieux qu'elle peut ce que vit celui qui est encore son complément et qu'elle est là, qu'elle l'épaule.
Confiance pour Bélier, le futur grand-prêtre. Bélier, l'enfant du pays, l'apprenti de Devoir qui était parti cinq ans à Flanc-de-Marbre fort déjà d'une réputation de chasseur de Diables inflexible. Bélier qui n'a pas hésité à enquêter sur son oncle, Bourrasque Ile-en-Sable, seigneur de Flanc-de-Marbre et à lui dresser un procès en bonne et due forme pour Diablerie. Procès qui semble aller vers une mort naturelle depuis qu'il y a quelques mois, Bélier a été rappelé au pays pour la succession. Les voies de la politique sont parfois dures à pénétrer.

Et là, parmi les invités, tout proche du roi, occupant l'espace, le matérialisant autour de lui comme une montagne rend tout autour plus concret, c'est Révèle, conseiller militaire honorable. Et on a tout dit quand on n'a dit que cela. Grand, brun, beau, fort, qu'on devine borgne quand on est face au cache de cuir noir qui lui couvre l'oeil gauche, mal rasé malgré la fête qu'il savait de longue date et pour laquelle il s'est habillé.
Autour de lui sa famille. Inspire, conseiller aux finances d'une vingtaine d'années, frêle, maladif, nageant dans des habits qui ne sont pas pour lui, semble bougonner sur les coûts de cette fête dont la splendeur n'éveille en lui que des chiffres, des piles de factures à payer et des caisses qui se vident. Embrase, treize ans, rousse comme sa mère, tatouée d'une frise celtique soulignant ses yeux de feu comme sa mère, l'air farouche et presque sauvageon comme sa mère. Les jumeaux Franche l'introvertie et Ebranle l'anguille-sous-roche, le discret incontrôlable, enchainant les pitreries et les bêtises.


Autour de ce tableau, une cinquantaine de convives qui s'impatientent un peu, le repas arrive, ils n'ont rien mangé depuis quelques heures sauf des amuse-gueules et leur gueule ne veut plus s'amuser, veut dévorer. Ils attendent, rient, discutent, s'interpellent - il n'y a pas d'endroit où cesser de faire de la politique, surtout pas dans une réception telle que celle-ci. On chuchotte sur Flanc-de-Marbre qui n'a aucun représentant, ils ont pourtant été invité non? moi je ne sais pas, après ce qui s'est passé et chacun d'aller de son commentaire sans savoir, des racontards d'ouï-dire de rumeurs. Une marmite de demi-information dont on se remplit la panse en attendant de passer à table.

Après la cérémonie, le discours de Devoir sur son futur rôle de précepteur des enfants, de guide intellectuel et spirituel des adultes, d'aide vers l'inconnu des déclinants, après la cérémonie on passe à table selon des codes et des ordres sur lesquels Nimbe a passé la journée, un vrai casse-tête, finalement personne ne râle vraiment et tout a l'air de se passer au mieux alors elle se détend, s'autorise de parler avec les siens.

Bélier lui assure que sa priorité première reste la chasse aux Diables puis nuance son propos - Nimbe a défendu des montagnards qu'on appelait diables alors qu'ils révéraient, à travers Vent, les oeuvres de Soleil et Lune, ne s'en détournaient pas enfin, il faut accepter l'interprétation locale du culte. Et Bélier de l'en assurer, il saura faire la différence. Et d'ajouter dans un sourire "tant que ce n'est qu'interprétation et pas substitution, tout est au mieux."

La soirée se poursuit, on parle, on discute, Bélier se présente à tous et reçoit les voeux de chacun, cette nouvelle charge, on a pleine confiance en lui, qu'il se sente à sa place, après tout il est enfant du pays! Nimbe, elle, vient d'Ile-en-Sable et Révèle a bien plus vécu ailleurs qu'ici, alors!

Soudain Granit, le jeune héritier, se lève et déclare vouloir aller se baigner. Nimbe, le visage mêlé de surprise et d'attendrissement, s'excuse auprès des derniers invités encore là, non sans avoir reprécisé aux domestiques de bien emballer les denrées restantes pour la distribution aux indigents qui aura lieu le lendemain, il ne faut pas que tout cela se perde.
Ils s'éloignent dans les couloirs du château, débouchent dans les jardins. Granit se déshabille en riant, court dans une fontaine, fait quelques longueurs en gloussant. Nimbe lui recommande la prudence, mon beau mari, ne prenez pas froid! et le vent qui toujours souffle ici la glace à travers ses habits, elle voudrait retrouver la chaleur de l'intérieur mais rechigne à laisser cet homme-enfant seul. Une gerbe d'eau froide la traverse, et le rire de Granit Allez viens! Elle est bonne!

Le sourire aux lèvres, Nimbe laisse tomber sa robe, elle aime profondément ces moments-là, où Granit est enfant sans être un poids, qu'il l'emmène dans son innocente jovialité. Elle met un pied fin dans l'eau trouble, un choc presque électrique lui remonte le corps. L'eau est à la limite du gel et la douleur pulse bientôt. Mais elle se force à avancer, va rejoindre Granit pour nager à ses côtés, s'autorise à oublier sa coiffure qui se défait, son maquillage qui coule, sa cicatrice qui ressort dans son visage plus que d'habitude. Il la serre et elle s'étonne parce que son corps est chaud, chaud comme tout à l'heure au feu bienfaisant de la grande salle. Et il rit, ne connait pas le froid. Et passée la première surprise elle rit aussi, entre dans son jeu avant de le dévier subtilement, d'en faire autre chose, de plus excitant, de plus sexuel, juste ce qu'il faut pour que quand elle lui dit allez, viens mon beau seigneur, il rugisse de plaisir, l'empoigne et l'emmène dans leur chambre, ruisselant sur les dalles, riant de la surprise des domestiques qu'ils croisent.




Plus tard, après l'amour et la passion qui les embrase, elle se lève doucement. Près d'une lettre de sa mère, un flacon dont elle prend juste deux gouttes qu'elle se frotte doucement sur le ventre. Sept ans de mariage déjà et toujours pas de ventre rond, de bonne nouvelle, d'avenir royal perpétré.

Et les autres? Ils parlent, discutent, parlementent. Inspire, le financier frêle, qui a le mal des montagnes et le courage de le combattre chaque jour par des ballades de plus en plus longues, a voulu sortir et s'est laissé surprendre par la nuit le froid l'altitude. Il s'est trouvé mal et heureusement qu'un noble d'une maison voisine était là pour le ramener avec les autres, qu'il se réchauffe et parle avec eux. A un moment ils entendent glousser des voix familières, se tournent à peine vers la porte d'où elles provenaient, retournent à leur discussion. Sur la géographie des lieux, sur les nouveaux gisements de minerais découverts il y a quelques années et qui offrent tant d'espoir, sur cette école militaire que Révèle rêve de relever, sur ces rumeurs de diablerie qui collent à la peau de Val-Hurlant au point que régler ça devient important, pas crucial mais important.

Et dans les dernières lumières des torches, alors que tous sont partis et que même l'écho de cette fête-ci ne s'entend plus, se voit seulement dans les reliefs de la fête, moi aussi je m'efface.
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Felondra
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MessageSujet: Re: [DCDA]... et longue sera la route.   Sam 9 Mai 2015 - 12:41

Partie 2: prendre ses marques

17 novembre 1500

Dans Val-Grondant il suffit de se pencher pour ramasser les rumeurs qui courent dans les couloirs du château. Jusqu’à la vieille ville on se le dit depuis cette passation de pouvoir si simple et bonne. Les hauts-placés se sont concertés, les puissants ont murmuré, les nobles se sont mis d’accord ébranlant d’un même mouvement la Roue de la Maison et qui sait quelles autres encore – nous redeviendrons une Maison Royale, chacun dans son cœur se l’est promis avec eux, il semble que tous aient formulé ce rêve un peu fou et pourtant si légitime d’un même souffle.

Révèle, le beau et grave militaire, a revêtu sa détermination, enfourché sa fierté et est parti répandre une autre nouvelle dans les familles avoisinantes – lui revenu la grande école militaire de Val-Grondant ne peut que se relever et retrouver sa brillance ancienne. Les salles poussiéreuses résonneront à nouveau des cris de l’entrainement de l’essoufflement des nouveaux des rires des anciens les observant et du cliquetis qui fait bondir le cœur et la fièvre et l’âme des soldats. Sous peu, c’est promis.
Bélier le nouveau fait face courageusement au vent violent de sa nouvelle position comme à celui de ces montagnes qui semble vouloir le dévorer. La tension monte en lui face à l’immensité de ce devoir d’éducation, de guide, de lumière donnée aux enfants de la noblesse locale – soit presque uniquement ceux de Révèle qui, profitant de l’absence de leur père, se montrent toujours plus turbulents, toujours plus audacieux dans le défi à l’autorité, même si ils finissent par plier quand ils le veulent bien ou que Bélier trouve la bonne parole ce qui est rare encore il vient d’arriver laissons-lui le temps. Et toujours est là au loin sa grande tâche, la diablerie qui hante et entache sa patrie retrouvée et dont lui et personne d’autre a le devoir de s’occuper.
Devoir l’ancien, l’ex, le passé, reste d’une présence pastel et bienveillante, il assiste soutient et sait se mettre en retrait pour que Bélier brille qu’on lui donne le crédit des victoires arrachées à deux ou des décisions prises par celui qui fut si longtemps un grand prêtre avisé avec un geste ou d’un clin d’œil. Les gens et lui s’apprivoisent.

La neige s’invite enfin dans un jour gris sombre, les nuages envahissent le sommet des monts, les coiffent de mystère et masquent à nos yeux mortels quelques-uns des secrets des hauteurs. La neige fond encore mais bientôt tiendra et ici on sait ce que ça veut dire. Des marchands affluent du pays, les caves se gorgent de denrées stockées pour l’hiver à venir, quand il n’y aura plus de passage possible, quand il n’y aura plus que l’hibernation rendant les hommes pareils à des ours attendant le printemps pour redécouvrir le visage qu’aura pris leur terre quand Soleil la barbouillera honteusement de vert tendre et de brun charnel.

De bonne heure voilà Bélier et sa femme Rayonne qui descendent la forte pente qui mène du château à l’ancienne Route Royale, de la noblesse au peuple. Leurs beaux habits se tachent dans les flaques de la neige fondue mais ils n’ont d’yeux que pour les mille et une échoppes qui bordent la rue et proposent mille et une belles choses à l’œil, au nez et à la bouche. Ils passent de l’une à l’autre et s’arrêtent chez un forgeron réputé ici. L’œil brillant et la voix claire, Bélier lui demande des décorations pour la fête de l’hiver qui approche, des décorations précises : Bélier désire des flocons de fer blanc, il demande au forgeron d’amener plusieurs propositions la semaine prochaine au palais qu’on puisse voir et décider de ce qui convient selon son savoir-faire. Le forgeron irradie de fierté d’avoir été choisi et tous se séparent l’âme contente.
Rayonne, voyant le sourire paisible de son mari, lui demande d’une voix calme si il ne peut parler à dame Frimas du rangement de la bibliothèque. Elle étouffe du manque de classement, de la logique que ne comprend que la gardienne du lieu, pourquoi ne la laisse-t-elle pas aider ? Rayonne voudrait mettre en place un peu plus de structure, ranger par thème au moins et pas uniquement par chronologie comme c’est le cas maintenant. Bélier verra ce qu’il peut faire, Frimas est bornée sur ce sujet mais il l’approchera.

Au château, des bottes fendent le silence d’un pas anxieux et pressé. Granit n’est nulle part et Nimbe le cherche en vain, semble déterminée à retourner le château pour la moindre trace de son mari. Finalement un jeune servant la renseigne – il a bien vu le premier échanson, il était sur les remparts tout à l’heure en chemise et sans chaussures malgré le froid et la neige faisant glisser les pierres des remparts. Il la guide là-haut et une fois sur le chemin de ronde Nimbe lui donne une pièce et lui ébouriffe les cheveux avec ce sourire si doux rendu si étrange par la cicatrice qu’on ne peut pas ne pas voir bien que tout le monde au château feigne de l’ignorer.
Laisse-moi ! crie Granit le sombre, le solitaire, le plaignant. On ne l’aime pas il est mal fait mal fini et les autres le voient si bien. Nimbe n’oppose à tout cela que sourires et caresses mais même son expertise ne peut rien contre ce roc de malheur que le froid pas plus que la tendresse n’atteint. Nimbe le laisse avec une dernière parole de douceur, dit qu’elle l’attendra pour manger à midi et part, ses lèvres bleuies et son corps tremblant, un caillou de rage au fond du cœur face à cet amant si opaque, si fermé.

Elle se réchauffe le cœur et l’esprit au coin du feu, une boisson chaude aux mains et le sourire charmeur retrouvé, part à la rencontre du seigneur Endure. Elle lui propose avec son miel qui pénètre si bien les hommes d’être chargée de l’enquête sur la diablerie, il doit être surchargé avec l’hiver qui arrive n’est-ce pas ? Et lui accepte chaleureusement, c’est vrai qu’il a d’autres chats à fouetter avec l’hiver qui arrive et pourtant tient cette affaire à cœur – qui sait ce que Bélier en fera ? C’est un zélote qui pourrait aller trop loin qui pourrait ne pas comprendre aussi bien que nous les gens de nos montagnes si bons, si justes. Tu as ma pleine confiance ma fille, tu as si bien défendu nos montagnards par le passé, n’est-ce pas ?
Dans le froissement de la robe de Nimbe qui part sur la victoire nouvelle on se souvient de ce procès dressé face à ceux qu’on accusait de vénérer le Vent et de délaisser Soleil et Lune, une attitude certainement coupable rendue pleine de bonté et d’évidence par Nimbe la défenderesse et son miel encore. Les montagnards ne vénèrent rien d’autre que Soleil et Lune dans la forme par laquelle ils s’offrent à eux, par le vent des montagnes qui chante et gifle, single et rend si vivant ! Il n’avait pas fallu plus que ce succès pour faire de l’étrangère, Nimbe d’Ile-en-Sable, une fille du pays, une Val-Grondant.

Nimbe descend comme Bélier et Rayonne remontent. Elle ne vient que pour les voir, eux discutent avec animation d’un fruit rond et orange comme Soleil, tentent par jeu de l’accorder à un des enfants semblent tomber d’accord sur écu quand la grande et éclaboussante Nimbe est là, d’une beauté à la fois sophistiquée et simple, évidente. Tous trois échangent, une tension couve comme un rocher sous la mer entre Nimbe et Rayonne, elles ne s’apprécient guère et malgré les masques ça se sent. Nimbe propose à Bélier d’aménager pour lui un bureau, qu’il soit plus à son aise pour travailler à l’écart dans une tour, peut-être à l’Ouest ? Le soleil couchant sur les monts est un spectacle enivrant en effet, il accepte avec bonheur et rendez-vous est pris après midi pour aménager cela. D’un même sourire Nimbe propose son aide à Rayonne la désarme de gentillesse en disant que Frimas l’apprécie et qu’elle lui touchera un mot pour le classement de la bibliothèque. La maître du Protocole part de son déhanché nonchalant et Rayonne grince une mise en garde à Bélier, cette femme se mêle de trop de choses, sa foi elle-même est à questionner. Qu’il se méfie d’elle quant à la Diablerie qui pourrit ces terres, qu’il lui préfère Devoir et son expérience, ses bons conseils !

Après midi, Bélier et Nimbe se retrouvent dans le nouveau bureau du Grand Prêtre. Quelle belle surprise pour lui que de voir tout déjà aménagé, meublé avec goût et sobriété comme il l’aime ! Une petite bibliothèque rassemblant quelques incontournables à même été mise en place et là, sur un pupitre couronné par la lumière de Soleil perçant doucement les nuages, le carnet de naissance où Devoir a sa ligne parmi d’autres nés au même moment. Il est bon pour votre naissance de vous remémorer que d’autres avant vous ont dû naitre et grandir, que les hauts arbres que vous connaissez et que vous trouvez si sûrs et si rassurants ont été de jeunes pousses devant lutter pour s’élever, accepter de l’aide et repousser les mauvaises herbes.
Nimbe lui propose ensuite de l’aider dans sa tâche, qu’ils travaillent de concert maintenant qu’Endure lui a donné ordre de s’occuper avec le Grand Prêtre de la situation ! Elle connaît ces terres qu’elle aime à parcourir, elle lui montrera les gens tels qu’ils sont et non tels que certains nobles peuvent les dépeindre. Elle lui montrera les merveilles de ce pays, Val-qui-Siffle et ses rocs taillés par les vents qui chantent et hurlent avec rigueur, toujours implacables envers ce peuple réduit à les apaiser par ses prières et ses colliers. On ne voit pas toujours les aspects les plus rieurs de Soleil, ici, vous savez ?
Lui accepte avec soulagement et bonheur, il croyait voir tant de résistance et découvre tant de bonté ! Il lui parle de la fête de l’hiver qui arrive le 21 décembre, de la demande de Rayonne : qu’un air traditionnel de Flanc-de-Marbre, d’où vient Rayonne, soit joué pendant la fête. Nimbe, les yeux agrandis de joie, abonde : pourquoi ne pas entonner des airs de toutes les Maisons de la Famille ? ce serait merveilleux n’est-ce-pas ?
Tous deux rient à présent et des breuvages apportés par Rayonne et portés par Ricochet, un jeune serviteur du château, finissent de détendre l’atmosphère. Ils boivent doucement dans le crépitement du feu, se regardent en souriant, devisent de l’idée de Bélier de réaliser des flocons de fer blanc. Il est fier de cette belle et simple symbolique, le flocon pour l’hiver, le fer blanc pour le produit de la terre de Val-Grondant et les fouisseurs, animaux chers à Nuit, Fils de l’hiver. Quelle riche idée ! Quelle belle fête s’annonce !

Nimbe prend finalement congé, elle doit aller voir Granit et puis laisser Bélier prendre ses quartiers. Ils se quittent le sourire au cœur et Bélier, après quelques instants à rêver face aux fenêtres qui donnent sur les montagnes couronnées du gris des nuages, se penche sur les carnets de Devoir apportés là par Nimbe en recherche d’informations sur la Diablerie en ces terres de Val-Grondant.
Le papier est un peu humide et fragile toujours mais bien conservé, l’écriture déliée se resserre au fil des années mais reste lisible et claire. La diablerie et les Bêtes semblent arrivés il y a sept ans alors que les habitants se mettaient doucement à vénérer les Vents comme des êtres furieux qu’il fallait apaiser et qu’ils se réfugiaient dans ce culte face au silence d’Endure, sourd à leurs malheurs. Mais au fil des pages Bélier lit surtout l’hésitation de Devoir qui avoue ne pas savoir où s’arrête le culte au Couple Céleste et où commence la Diablerie ni comment, dès lors, y remédier.
Assombri, Bélier revient à la source, à un livre de Docile le célèbre scribe, « De la Nature des Bêtes » où une piste s’éclaire peut-être. Pour Docile, le Seigneur doit protection à son peuple face aux Bêtes et à La Bête, la sauvagerie et la barbarie qui envahit parfois le cœur des hommes. Bélier s’enfonce dans sa lecture, sentant qu’à chaque fil tiré de la trame dix autres suivent qu’il découvre…

Nimbe, elle, apprend que le seigneur Granit est parti avec une escorte par la porte Ouest et qu’il a dessiné certaines choses avant son départ ajoute Grave, un serviteur du château.
Sur place une étrange fresque tracée en blanc dans le noir de la pierre questionne la jeune Dame. Un roi aux deux épées semble semer le carnage dans une féroce bataille où les têtes roulent, le sang coule, la haine l’emporte. Tremblant de froid, elle étend sans attendre ses robes autour d’elle et se met à la tâche de son talon frissonnant et crissant. Il faut tout effacer, ne pas laisser la Cour voir cette œuvre d’un dément ou d’un enfant malade, elle ne sait plus. Les larmes lui perlent le visage, œuvre du vent, de la douleur de ses mains transies et de son cœur qui ne sait plus.

Un moment plus tard, rafraichie, Nimbe entre chez la Grande Prêtresse, Frimas, dans sa bibliothèque, à son poste habituel. La maître du protocole lui demande les airs traditionnels de la Famille, celle que l’on a en bibliothèque et ceux qu’on devra demander aux différentes Maisons faute de mieux. Frimas en profite, se plaint de Rayonne qui veut tout bouleverser et influence mal Bélier, lui encore si fragile dans sa tâche. Sa jeune élève, Etudie, cherchera bien vite les airs et elle tiendra sa belle Dame informée, qu’elle n’ait crainte. Nimbe acquiesce à tout cela puis étudie quelques cartes de Val-Grondant pour guider Bélier, éviter les zones où le culte au Vent est le plus opaque, leur préférer celles où il est évident que grâce est rendue à Soleil et Lune en une forme locale.


Le soir s’étend, la nuit s’avance et les plats s’étalent à la grande table où la noblesse est rassemblée sans son prince.


Granit n’arrive qu’au coucher du soleil, il a retrouvé sa joie et sa bonhomie enfantine et dit à Nimbe en la serrant fort que ça lui a fait du bien de se balader seul dans les montagnes, il a faim.
Pendant qu’il mange elle l’interroge sur les dessins qu’il a fait plus tôt dans la journée. Le sourire aux lèvres, la bouche pleine, il bafouille qu’il était le roi qui tuait ceux qui ne l’aimaient pas qui lui disaient qu’il est mal fait mal fini. Dans le dessin il est gardé par ceux qui l’aiment comme dans la vie. Un sourire se dessine chez Nimbe quand son Seigneur lui assure qu’il l’aime et qu’il sait qu’elle l’aime. Le soleil finit alors de se coucher et la nuit apporte enfin le silence à ce château si agité…

18 novembre 1500

De grand matin, Bélier s’entretient avec Rayonne de la proposition de la Maître du Protocole de faire donner des airs de toutes les Maisons de la Famille. Il ne parvient pas à s’expliquer la réponse furieuse, emportée de son épouse. Tu es grand prêtre et tu ne comprends rien à la symbolique ! Tu as dépecé mon idée pour la revêtir des oripeaux d’autre chose ! Et tu ne te rends même pas compte !

Le matin apporte parfois des brûlures plus cuisantes que la nuit la plus froide…
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Felondra
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MessageSujet: Re: [DCDA]... et longue sera la route.   Lun 17 Aoû 2015 - 13:03

Partie 3: Un invité

10 décembre 1500


Le travail comme rempart contre le froid. L’activité redoublant face à l’engourdissement promis par l’hiver. A mesure que les flocons tiennent, les esprits s’échauffent. Préparer la Fête de l’Hiver en plus des devoirs nouveaux qu’il faut prendre à bras-le-corps. Malgré les poids. Granit toujours plus nerveux. Rayonne qui fait barrage avec plus de véhémence et d’apparente innocence chaque jour. Bélier est trop occupé, savez-vous, Dame Nimbe. Oui, je lui ai dit que vous désiriez partir pour visiter les terres mais vous savez, il y a la bénédiction de vendredi. Il est certain que la semaine prochaine, il pourra se libérer. Quatre jours de suite, dites-vous ? Sachez bien que je fais tout mon possible pour le convaincre ! Mais non, impossible de le voir, vous le perturberiez dans sa lecture. Oui, pour La Fête De L’Hiver, je lui dirai soyez-en sure au revoir, Dame Nimbe.

On envoie des courriers des invitations des demandes, on reçoit des bribes de musiques, des fredonnements hésitants de messagers honteux – ils n’ont voulu que me chanter une comptine à l’oreille, Dame, ils ont dit que ça ne s’écrivait pas ces choses-là ! – de vaseuses élucubrations sur la possibilité éventuelle d’une présence d’un membre de la Maison à la Fête de l’Hiver de Val-Grondant, des remerciements polis, des silences lourds. On se masse les tempes, au moins le coup de filet est bon, la température à notre égard dans la maison et les environs est prise, froid polaire avec quelques vents cinglants et un rayon de soleil de loin.
Et un matin on se réveille avec un bruit de bottes à l’oreille, des cottes de mailles des sabots qui font schlok dans la neige, schlok sur la grande pente, schlok chez Baraque l’ébéniste, schlok Révèle est de retour, schlok il a eu l’amabilité de mettre un cache-œil pour l’occasion. Et il arbore son sourire vainqueur dans l’adversité, les maisons ont réagi froidement pendant sa tournée aussi, d’autant qu’il ouvre l’école à la roture et est même prêt à payer lui-même pour la scolarité de quatre ou cinq manants talentueux. Alors ça jase, c’est vrai qu’il a un passé Révèle une réputation que tout chez lui confirme, l’œil manquant le physique de poutre l’air triomphant même accueilli le plus froidement du monde mais bon quand même cette école vous y croyez vous ? Il paraît qu’il a de l’idée notez bien, les manants il leur a fait passé un test rudement bien fait avec un petit secret bien caché c’est qu’il fallait coopérer voyez-vous ? Le test où chacun a une partie de la réponse de l’autre mais personne la réponse entière tout seul, fallait y penser, faut dire.

Pas d’engagements fermes, donc ?
La voix du seigneur Endure claque dans la salle. Repas de midi viandes sur pain avec légumes, une dizaine de plats seulement on n’a pas encore commencé le rationnement de l’hiver mais on commence à faire attention, c’est comme ça par chez nous. Moisson a un demi-sourire en entendant que son mari ne court pas dans le panneau, une école où peuple et noblesse serait au même pied, que fait-il de la Roue des Fortunes ? Si tu meurs d’une vie mécréante, tu nais dans la boue. Si tu meurs d’une vie vertueuse, tu nais dans des draps de soie. Ce n’est guère plus compliqué, alors pourquoi aller contre la volonté de Soleil et Lune ?
Non, Endure, pas d’engagement ferme. Quelques belles possibilités par contre. Le temps nous confirmera cela.
Et Révèle de sentir que ça ne prend qu’à moitié que ses beaux idéaux méritocratiques ne rencontrent pas la chaleur du foyer escomptée, d’embrayer sur Baraque l’ébéniste du marché chez qui il va toujours pour ses enfants et lui-même. Cette fois ce sont quelques figurines qu’il a commandées pour initier ses petits à la stratégie militaire, chaque soldat devenue troupe régiment escadron, des peintures précises de blasons héroïques, les dispositions rappelant de grandes batailles livrées par Papa ou par d’autres et les leçons qui suivent en avançant tel, reculant tel autre, renversant le coup fatal d’un air satisfait. Tu vois, mon fils ?
Et puis Baraque, c’est le charpentier des rénovations de l’Académie, malgré Rhododendron le capable de rien même une poutre il la ponce pas correctement seul, Baraque a même prévu de graver des techniques textes et citations célèbres sur les poutres et Révèle lui a assuré qu’il les lui ferait parvenir.

La conversation s’est calmée quand Granit éclabousse Nimbe apprêtée splendide lunaire comme toujours splatch ! le jus de viande sur la robe. Nimbe, lui sourit, le calme tendrement, avant d’échanger un regard entendu avec les autres convives, Devoir et Frimas qui ont interrompu leur parlote plus animée que d’habitude, Moisson qui se pince un peu les lèvres. Bélier et Rayonne prennent leurs repas séparément, maintenant, ne peuvent s’arrêter de travailler même pour assister à ces assemblées régulières et Endure a béni cela d’un je comprends.


Fin du repas, Révèle prend la route de l’Académie, doit grimper encore au-dessus de la ville au-dessus du château au sommet du mont par un chemin étroit ou un ascenseur de cordes et de poulies et de bras suant oh hisse ! Il supervise la pose d’une poutre la rénovation d’un mur le tout qui avance. Et comme il tape d’un air entendu un ouvrier hardi à la tâche, on vient chercher Nimbe, dans le château, un envoyé des Coteaux d’Argent vient d’arriver, il a dans sa main une invitation formelle à participer à la Fête de l’Hiver de Val-Grondant.

Coteaux-d’Argent c’est une Maison enclavée, entourée par les Hautes-Terres et les Familles Ile-En-Sable et Terrasse-Loup bien qu’elle appartienne à la Famille Mille-Méandres, des Sylveterres. Alors ils ont cultivé la défense militaire, en ont fait un art que beaucoup prisent et heureusement parce qu’à part ça, un peu de vin et de fromage il n’y a pas grand-chose à prendre là-bas et c’est peut-être pour ça qu’on les laisse en paix pour le moment, non ? Des ingénieurs défensifs de talent, des inventions qui toujours étonnent, qui toujours redistribuent les cartes et leur laisse les atouts en main, voilà la force de Coteaux-d’Argent. Ca et une politique paisible qui accommode les familles proches.
L’homme a la trentaine, les cheveux châtains bouclés descendant sous les épaules, la carrure mince, les yeux d’un bleu vert perçant tout, les sourcils toujours froncés, la tenue fatiguée par le voyage mais son corps lui ne semble pas avoir été sur la route la semaine que requière le trajet. Une route ardue, qui passe par Blanche-Gorge de la Famille Ile-En-Sable elle aussi, avant de remonter vers Mille-Méandres dans les frimas glissant et traites de l’hiver qui arrive. Il semble frais et dispos sourit en voyant arriver Nimbe.
Déclame Mille-Méandres, maitre du mur des Coteaux-d’Argent annonce le serviteur, petites révérences des deux partis et échanges de belles formules. Il restera là jusqu’à la fin de la Fête de l’Hiver, qu’il prenne ses quartiers, a-t-il faim, lui et sa garde ont fait très bon voyage, merci à vous, non vous m’honorez, à tout à l’heure.

Ce soir-là les discussions vont bon train, au château on comprend à mot couvert que c’est une éclaircie, c’t’homme-là, les Coteaux-d’Argent ont envoyé un grand, un important, un homme de responsabilités, on s’attendait pas à ça. Et Révèle qui s’enfonce dans la nuit avec lui – veillez à ce qu’ils ne manquent de rien sourit Nimbe, elle acompris que le jeu militaire que se livrent les convives ancre l’invité dans la Maison, l’incline doucement mais sûrement, le livre à nous et l’y love plus sûrement que les plus beaux discours. Les hommes se sont trouvés, Révèle et lui rivalisent autour de cas théoriques ou passés, poussent des pions et des objets sur des cartes cette attaque par la gauche était imparable vous comprenez oui mais vous oubliez qu’il avait plu la veille c’est pou ça les crampons aux chevaux. Des crampons ? Oui, une invention de l’époque, pour cette bataille. Quel talent ! Et puis les pierres de cette bâtisse ont résisté un coup de trop, faut dire la précision des catapultes n’était pas claire des cordages trop faibles une tension trop basse c’est fragile ces choses-là vous voyez ? Ha, ne me faites pas rire !
Nimbe suit cela de loin, se demande où s’arrête la stratégie et où commence le simple plaisir de rencontrer un rival à sa taille pour Révèle dont l’œil brille dans la salle, les tapes viriles et les mots durs s’enchainent au vin pour mener ces deux-là au bout de la nuit.



11 décembre 1500

Tout était pourtant au mieux. Alors pourquoi ces larmes dans le froid qui gèlent sur le visage de Nimbe, suivent la ligne de sa cicatrice et la font briller dans la simple torche qui brûle contre les ténèbres ?
Tout avait pourtant été au mieux. Certes, il y avait eu la petite pimbêche, Rayonne, qui lui avait refusé par habitude, par réflexe, de voir Bélier. Mais ce ne sont que les petites contrariétés de son rang, n’est-ce pas ? Non, ce n’était pas la raison de ces pleurs.
Il y avait eu la partition amenée par Déclame, un morceau de trois minutes qu’elle avait apportée en hâte à son classement, une de plus, un joyau au milieu des transcriptions trouées et des papiers râpeux qui menaçaient de lâcher à toute manipulation. Non, cela lui avait fait chaud au cœur. Ces larmes ne coulaient pas pour ça, même si elle prenait connaissance seulement maintenant avec la froideur gluante d’un refus à une belle œuvre. Toute sa vie lancée comme une flèche vers une seule cible, régner. Elle poursuivait sa course et prenait conscience que le vent peut vous faire dévier de la cible si évidente, si proche. Mais ce n’était pas ce genre de vent, simplement une bise qui la caressait en la faisant un peu frissonner, c’est tout.
Il y avait eu cet appel en pleine soirée, alors qu’il avait été introuvable toute la journée. Il y avait eu cette marche rapide – ne pas courir malgré le poing à l’estomac, ne pas montrer son inquiétude face au serviteur qui te mène, lui courant à demi et enjoignant la prestance, au devant de ton mari. Les coups sourds entendus une seconde avant la vue des deux corps ramassés, de la tache sombre dans la neige, du rouge aux joues de Granit et de son pied qui bourrait de coups l’un des tas ramassés.

Les cris. Oui, il y avait eu les cris. L’indignation de ne pouvoir sortir le chien, du refus par les serviteurs. Je, Suis, Le, Fils, Du, Seigneur, Endure ! Je sortirai ce chien si je le veux !
Inspiration, expiration. Elle s’en souvient maintenant. Petit rire dans les pleurs. Elle avait songé à sa respiration avant. Voix douce, yeux doux, cicatrice non n’y pense pas, toute douceur, roucoulement. Qu’y a-t-il ? Mais pourquoi vouloir le sortir à présent ? Il est tard, ce n’est pas bon pour lui. Venez. Venez, s’il vous plait ? Mais non, ils ne se rebellent pas, ils vous conseillaient pour que vous preniez votre décision au mieux. Venez, je vous prie. Je suis las, pas vous ?
Puis la main. Levée. Haut. Poing. Fermé comme pour.
Lâcher prise, laisser faire. Souffler à l’un des serviteurs de courir chercher une garde légère qui resterait quelques mètres derrière. Ne pas l’oppresser, ne pas le compresser. Lui laisser suffisamment de place. Mais.
Non, ce n’était pas ce poing. Ce n’était rien, c’était déjà vu, cette menace soudainement abrupte, concrète, ce poing symbolique brandi mais jamais abattu.
Jusqu’à maintenant.

La pierre ne bouge plus sous les baisers. La pierre ne bouge plus sous le vent léger d’un compliment. Granit se ferme à elle, elle l’a senti. Elle le sent, elle le perd. Sa phobie sociale monte, cette pensée que tous le raillent, que tous complotent, que tous sont contre lui et que lui prépare sa vengeance.

Peut-être nimber les choses ne suffit-il pas ? Peut-être faut-il contre la pierre… Contre ? En est-elle là ?
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Felondra
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MessageSujet: Re: [DCDA]... et longue sera la route.   Mar 25 Aoû 2015 - 21:32

Partie 4 et 5: Diables !

12, 13, 14 décembre 1500

Nimbe ne l’a appris qu’au matin. Après son bain, un peu plus long qu’à l’accoutumée. Elle voulait qu’ils soient partis quand elle prendrait son premier repas, qu’elle soit seule avec elle-même pour apprécier le lever du soleil et la disparition de la lune et surtout qu’il ne soit pas là, ce bout de Granit qui lui martelait le cœur de plus en plus fort.

Alors elle ne l’apprit que vers midi. Bélier et Révèle partis, la veille au soir, un serviteur venu chercher le grand-prêtre pour une urgence – un prêtre, Devise, est mort, assassiné, il lui faut partir sans retard. Pour cela, il a le temps malgré la Fête de l’Hiver qui arrive ! Nimbe ravale sa fierté et cette petite blessure. Révèle aussi, parti, malgré que Déclame de Coteaux-d’Argent soit là. Sans doute son impulsivité habituelle…

Ils sont partis dans le froid et le vent cinglant du soir. Partis pour une longue marche dans le val vers ce petit village où trois frères, des mercenaires reconvertis en paysans sur le tard, ont été accusés de Diablerie. Nimbe les avait défendus parmi d’autres, c’est par eux qu’elle avait acquis cette aura qu’elle possède désormais auprès du peuple. Ils rendent culte aux Vents du Val, il avait fallu persuader tout le monde que c’était un culte à Soleil et Lune dans leur forme concrète, locale, celle que les habitants du Val peuvent voir, apprécier et à laquelle ils peuvent rendre hommage. Elle connait ce village, Nimbe, aurait pu partir avec eux. A prévu d’éviter cette destination dans le petit tour planifié pour Bélier – comment expliquer ces mercenaires toujours à l’écart du village, cette tension régnant d’eux envers le prêtre local et de la communauté envers eux ? Non, il valait mieux être sure, le faire passer par ailleurs… Elle n’a pas prévu un meurtre. Bien sûr, les soupçons sont sur les trois frères. Bien sûr, Bélier, Révèle et sa femme sont partis, laissant les enfants aux soins du château. De longues journées pour Nimbe.

Bélier, Révèle et Rayonne sont arrivés au village et ont écouté les gens. Des doutes de la souffrance beaucoup d’incompréhension. La tâche pour Bélier est double : identifier le tueur et le successeur au prêtre Devise. Finalement, tout se règle dans la maison des trois frères, une bâtisse de rondins solides en périphérie, elle-même différente et comme mal acceptée de la communauté locale et de ses maisons de torchis et de paille.
Bélier respire, gonfle la poitrine et s’investit de son rôle de Grand-Prêtre avant de toquer à la porte. Révèle reste dehors, d’un coup d’œil lui a fait comprendre si t’as besoin de moi je serai là. Puis revient à ses mains qu’il chauffe de son souffle.

Etang, Souche et Ratisse. Les frères. Puissants, l’ainé Etang grisonne mais les autres sont dans la force de l’âge, des guerriers qui ont vécu et vivront la mort. L’intérieur est aussi vétuste et abrupt que ne l’annonce l’extérieur – un feu des outils quelques tabourets un siège défoncé. Tous boivent une bière sans en laisser tomber une goutte sur le sol en terre battue. Un frisson parcourt Bélier et sans qu’il sache pourquoi la pensée qu’il est effrayé jaillit en lui. Il a déjà un peu parlé avec les frères pendant son tour du village et a tout de suite senti que leurs phrases étaient comme régurgitées. Le pire est que les arguments qu’ils utilisent sont ceux de Nimbe. Un goût étrange lui a saisi la bouche alors.

Ne pas y penser. Etre ici et maintenant. Ca parle des excès de Devise, de son laxisme, de son manque de foi même. Ils vont loin, ces frères. Trop loin. Oui, ils vénèrent Soleil et Lune à travers les Vents, leur manifestation. Ils parlent peu, s’entêtent, répètent. Bélier cherche la voix, une main claque sur la table mais le doute grandit en lui. Il est seul avec eux.
Eux qui s’emportent. Nous donnons notre sang pour Val-Grondant et c’est ainsi qu’on nous accueille ? Si notre père se trompait, lui qui nous a appris à vénérer les Vents, alors nous serions réincarnés en pourceaux, pas en hommes… C’est ce que la religion apprend, non ?
Bélier, lui, bafouille, se rappelle son père qui désirait le voir défoncer les portes d’Ile-En-Sable, aller jusque là pour récupérer l’honneur familial, pour que ça vaille la peine. L’honneur de la prêtrise, son père ne l’avait jamais vu.
Le sang coulé est celui d’un prêtre.
Un prêtre renégat.
L’une de vos têtes sera sur place publique ce soir, nous le savons. Nous le savons tous.

Un regard. Il a franchi le cap sans en avoir vraiment conscience. Les outils deviennent armes une hache une pioche Souche bondit mais Etang l’arrête. Claquement de la chair contre la chair. Temps divinement suspendu.

- C’est moi. Il n’y sont pour rien.

Le rush d’adrénaline arrive en même temps que ces paroles n’a pas le temps de se retirer et fait trembler la voix de Bélier bien c’est bien il y a de l’honneur à se mettre en avant ainsi merci nul mal ne sera fait aux tiens tu as ma promesse. Rendez-vous ce soir pour l’envoi de l’âme de Devise au ciel.

Il ne demande pas si ils y seront.
Il ne pense pas à cela.
Il ne pense qu’à ses mains qui tremblent à ce tremblement qui le prend tout et qu’il ne peut arrêter. Si Etang n’avait pas… Inspiration. Alors son frère aurait. Arrête ton char tout va bien. Cet homme, Etang, vivra avec honneur jusqu’à sa mort. Comme le père de Bélier. A travers cet individu c’est son père qu’il condamne. O Soleil, Lune, est-ce vrai ?

Révèle l’accueille comme à son habitude comme si de rien n’était comme si il a avoué. Ah oui ? Oui. Bien.
Ils vont chez Pépin, le guide. En chemin ils entendent ce feu de broussaille dans le village Je le savais Diable il l’a enfin dit haha on en sera bientôt débarrassés !

Un cri la femme d’un des frères passe en hurlant, pointée du doigt.

Puis un vieux grosse moustache grosses rides gros chicots gros linge de toile Grand Merci ! Tous des diab’, ceux-là, z’avez bien fait de les arrêter. Alors c’est vrai c’qu’on dit, l’nouveau grand-prêt’ va mettre les loups hors de la bergerie !
Pause.
Je ne l’ai pas accusé de Diablerie mais de meurtre. Je n’ai aucune preuve qu’ils soient Diables. Je vais me reposer.
Oui m’enfin
Je vais me reposer.
Et les chicots qui tombaient presque tant le bec restait ouvert.

Et la scène de se répéter jusque chez Pépin.
Et le silence de s’allonger jusqu’à ce que Révèle propose que Pépin fasse gouter ce vin chaud dont il parlait tant ?
Dans un soupir, Bélier s’enfonce dans une rêverie loin de tout cela.
Où est la balance ? Le point où tout bascule où la justice devient vengeance où le droit devient tyrannie où
Un raclement de gorge un visage un peu baissé un ton de voix un peu voilà Pluvieux. Un des apprentis du prêtre. Né un jour de pluie. C’est ainsi par ici. Il veut savoir quels éléments ont convaincu Bélier ?
Pour te dire la vérité, je n’en suis pas convaincu. Il y a du bon en eux. L’un d’eux va mourir pour sa famille, avec honneur.
Mais ?
Les autres ?
Oui.
J’y viendrai ce soir. Tu sais, jeune homme, il faut parfois user de force brute pour faire passer des messages, avec douceur pour en faire passer d’autres.


Dame Lune observe en coin, ce soir, presque invisible. Le village est assemblé autour du bûcher un immense cercle avec une petite estrade faite en hâte quelques soldats et Bélier qui va commencer. Par où commencer une telle chose ?
Il fait un pas.
La foule se sépare.
Ratisse, Souche et Etang passent avec leurs femmes et leurs enfants. La tension est montée soudainement, tout a changé de couleur, d’odeur, de goût. Ils sont déterminés, on le sait ce sont d’anciens soldats ils le savent qu’on le sait et ils l’utilisent pour plier tout ça à leur volonté. Etang est à l’avant du groupe une dizaine ils ont amenés femmes et enfants.
La voix d’Etang claque blizzard dans la steppe pique dans les cœurs grondement dans le lointain. Bélier ! Je reconnais le meurtre de Devise. Soleil est au ciel mais n’a pas de prise sur ma vie. Les Vents de cette vallée me parlent et je Les révère.
La femme de Bélier et les enfants de Bélier répètent cette dernière phrase. Les Vents de cette vallée me parlent et je Les révère.
Ratisse, la femme de Ratisse et les enfants de Ratisse répètent cette phrase. Les Vents de cette vallée me parlent et je Les révère.
Quand vient le tour de Souche, il laisse le silence s’étendre. J’ai porté le coup fatal et je crache sur votre soleil !
Un vent se lève soudain juste pour une seconde juste une rafale. Comme pour fouetter les paroles des frères au visage de la foule. Comme pour rabattre tous les visages sur Bélier. Qui sent une barre dans ses épaules et le poids du monde sur son dos. Je suis étonné que vous veniez ici pendant les funérailles. A mes yeux, cela montre votre repentir.
Nullement !
Pourquoi venir ici clamer ce qui est contraire ? Il s’agit bien d’un repentir.
Nous refusons votre diktat ! Nous serons les Vents de cette vallée et nous amènerons la désolation sur vos terres !

Les paroles ont claqué. Pour toute réponse, Bélier descend de l’estrade, place la main sur son cœur, sa bouche, l’étend vers les frères. Le signe de la Famille. Le signe de la Parole Donnée. Le signe presque sacré. Ici. Maintenant. Seul Révèle et quelques autres l’ont vu, des gardes du château. Nul autre ne sait quelle est la valeur de ce signe ou alors le devinent un rite dont on ne saisit pas le sens mais qui a le poids du Sacré. Mais eux le savent. Souche sort lentement un couteau de ses habits. Arme son tir. Lance.

La lame se fiche dans le sol. Aux pieds de Bélier. Les familles se détournent.
Souche ! Je suis déçu que tu entraines toute ta famille dans cela.
Les vents font Val-Grondant ! Nous nous sauvons et vous laissons derrière !
Ce sont tes parents et d’autres comme eux qui ont fait Val-Grondant, ne l’oublie pas.
Ils béniraient les guerriers que nous sommes.
Je suis déçu.
Moi aussi, Bélier. Tu es aveugle. VOUS ETES AVEUGLES !


Bélier est remonté sur l’estrade. Il ne reste de la scène que des traces dans la neige et un couteau planté dans une plaque de verglas. A un garde qui lui demandait que faire, Bélier a répondu les laisser assister aux funérailles si ils le veulent. Ce prêtre était le leur aussi. Alors ils sont retournés chez eux, dans leurs maisons de rondins. Et la cérémonie a repris sous cette lune presque absente.
Il a soulevé ses manches blanches, a soulevé sa voix blanche, a porté sur la mémoire de cet homme brutalement disparu des paroles douces et chaudes.
Puis la torche et les flammes et le départ de l’âme vers la Roue des Fortunes. Lune la prendra, l’épinglera en étoile dans le ciel avant que, le moment venu, Soleil ne le réincarne dans une vie enviable, confortable, à l’aulne de la vie menée avant. Puis tout recommencera. Puis. Puis le cri. Un cri déchirant, aigu. Un cri de vent hurlant, crissant, tranchant. Le vent se lève, pousse, crie, crie crie crie dans la vallée dans toute la vallée se calme subitement. Comment ne pas y voir quelque chose ? Le vent a amené de lourds nuages qui crachent de gros flocons. La Lune, pourtant, semble se dévoiler, briller plus encorecomme consciente de son rôle dans tout ceci. La foule se disperse bien vite.

Bélier, Pluvieux et Sentier les apprentis de Devise, Révèle et sa femme et les gardes sont partis à la maison des frères. Vide.
Des traces de pas montent vers les ténèbres. La poursuite commence.

Après un moment à glisser, à souffler, à sentir la montagne qui se referme sur vous, un promontoire. Des tas sont là, pas encore recouverts de neige. Les trois hommes ont un couteau en main. Neuf corps sont en position rituelle. Un collier rouge dégoulinant sur la neige autour d’eux. Etang, lui, s’est affalé, sans doute suicidé après les meurtres perpétrés. Ils sont morts quand les Vents ont hurlé, murmure un des gardes. Et quand la Lune a brillé davantage, complète Bélier. Allons, nous avons des bûchers à dresser pour rendre ces âmes à Lune.
Les visages se ferment et les corps obéissent.

Le lendemain, le moment est étrange, face à Pluvieux et Sentier. Le deuxième travail de Bélier ici, il ne l’a pas perdu de vue. Moment étrangement solennel. C’est Sentier qui emporte la confiance de Bélier malgré qu’il n’ait pas cru les frères Diables.
J’espère que tu continueras à aller vers les gens pour leur parler et saura compter sur les conseils de Pluvieux, profondément spirituel.
Merci. Bon vent.

Et chacun de sourire à l’évocation de ce dicton. Et chacun de frémir en pensant à la veille. Et de repartir vers le Val-Grondant.




C’est ce qu’ils diront à Nimbe en rentrant. C’est ce qu’elle retiendra de tout cela. C’est ce que la mémoire enfilera au collier familial. Mais ils ne sont pas encore là et elle est affairée, élève la voix davantage que d’habitude, crispée. Elle le sait, c’est inévitable. Elle doit faire quelque chose. Elle connaît son emploi du temps, c’est elle qui le fait tant qu’il le respecte. Ce sera demain, après son cours d’armes.

O puis-je trouver la force.

Il est étrangement de bonne humeur. Son cours s’est passé comme d’habitude : lui hurlant en se jetant sur le maitre d’armes qui le repoussait calmement, l’invitait à plus de mesure et repoussait la ruée suivante. Jusqu’à épuisement de l’Echanson. Puis le déshabillement, le bain, la chambre pour se rhabiller. C’est là qu’elle frappe à sa manière. Avec quelques gâteaux et un peu de bière.

Mon Seigneur Granit ? Puis-je prendre un peu de votre temps ?
Quoi donc ma douce ?
La joute commence. Elle l’emporte en quelques manches, elle sait le prendre depuis le temps. Si le peuple ne l’aime pas c’est peut-être parce qu’il ne fait guère d’effort pour se faire aimer. Le peuple est simple : il aime qui se fait aimer de lui.
Elle a même gagné son sourire et son bon vouloir à sa cause ; il l’assistera dans la répétition qui est programmée juste après. Un ours, peut-être, déplacé, à contre-temps, proposant quand il faut se taire et fredonnant d’autres airs. Les regards des musiciens oscillaient cependant entre cet agacement bien connu et… un plaisir ? une gratitude à le voir parmi eux ? Nimbe ne décèle pas mais ne s’en fait guère tant qu’il y a du nouveau c’est pour le mieux. Symphonie est là parmi les autres. Un homme affairé, il bouge des pieds et des doigts en rythme sur un orgue immense alimenté par de l’eau plutôt que de l’air. Granit interrompt dix bonnes minutes la répétition pour que le musicien et compositeur lui explique le fonctionnement de cet instrument unique, créé par sa femme Cledsydre.
Il l’accompagne aux cuisines, où il veut montrer aux queux comment préparer les plats. Aux décorateurs, où il manquera s’assommer d’une masse d’un kilo atterrie à quelques centimètres de lui. A la revue militaire.
Enseignement constant, la femme et la maitresse du protocole se donnant relai, le réconfortant et lui apprenant, approuver et laisser faire, questionner sans accabler. Tout un art, Granit n’y est pas doué d’un pouce mais montre tant de bonne volonté qu’elle en est touchée presque malgré elle. Son cœur se ferme à son mari, elle le sent irrémédiablement. Et cet héritier qui ne vient guère malgré les onguents et les séances nocturnes devenus depuis peu devoirs conjugaux pénibles, douloureux. Elle l’appelait affectueusement son étalon sauvage, la bête est devenue méchante, agressive, dominatrice. Elle sent qu’elle perd pied. Est-ce là la vie de noblesse qui l’attend ?


15 décembre 1500

Ils sont revenus. Dans la nuit et le froid, les visages fermés les fourrures épaisses jetées sur les épaules frissonnantes. Vite, ajouter de quoi au repas prévu ! Vite, griller astiquer déboucher cuire présenter dérouler distribuer !

Nimbe lève son verre, solennelle. A Bélier, pour sa sagesse à voir sans se laisser abuser, à chercher sans tomber dans les réponses préparées par d’autres. Rayonne ajoute à lui qui a su débusquer les Diables là où certains ne voyaient que l’innocence. Oui, sourit Nimbe, à lui qui a su maintenir une clémence et une sagesse exemplaires jusque dans le jugement des Diables. Elles se sourient, Nimbe et Rayonne. Elles sourient mais sentent bien, dans la joie des autres, la pointe de glace qui pousse entre elles. Quel serment de lutte féroce les unit ? Quel traité les a rendues ennemies ? Elles ne le savent pas vraiment, n’en sont pas encore à se demander où tout a démarré. Mais ici, maintenant, elles luttent.

Est-ce cela qui pousse la voix de Rayonne à se faire douce et ferme plus tard, avec son mari, dans les retrouvailles de la chambre ? Il te faut une garde, Bélier. Il faut que tu appelles la garde inquisitoriale à ton aide, ils ne pourront te la refuser ! Tu es en danger, tu as débusqué des Diables mais d’autres attendent dans l’ombre et ne verront pas d’un bon œil que tu aies donné un coup à leur croyance !
Non, je ne le veux. Bélier est ferme, plein de bonnes intentions que Rayonne interprète comme victoire de son ennemie. Je n’appellerai pas la garde inquisitoriale, cela ne fera que confirmer les craintes que le pays se fait à propos de Val-Grondant. Cela fera mauvaise presse et nous voulons redresser cette Maison.
Bien mais prends une garde parmi la troupe du château au moins. Des hommes sûrs qui pourront t’assurer dans le bourbier où tu as mis les pieds.
Soit. Va pour une garde.
Et tous deux sourient dans la nuit qui les enveloppe.
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[DCDA]... et longue sera la route.
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